Présentation de Boris Aubligine, fondateur d’Etika Mondo

Le voilà le Papa d’Etika Mondo révélé dans ses intimités…

 

Enfin, pas toutes quand même !

 

Boris vit dans les Cévennes, il est papa de cinq enfants et jongle entre quête d’auto-suffisance et entrepreneuriat social pour lier équilibre personnel et impact mondial. Son parcours est totalement atypique : d’abord activiste, il est MBA et accompagne des porteurs de projets jeunes et moins jeunes du développement personnel à la stratégie avec toujours un focus sur l’éthique.

 

Philosophie

 

Selon lui nous vivons la fin du modernisme et l’émergence de l’holisme. La fin du modernisme est marquée par les crises à répétitions qu’elles soient écologiques ou sociales, conséquence d’un système financier qui fonctionne sur une base industrielle alimentée par un cycle bulle-crise. A l’opposé, l’émergence de l’holisme se prouve dans la propagation à très grande vitesse d’une kyrielle d’organisations éthiques et de mouvements sociaux plus ou moins grands mais généralement se voulant non violents (exemple des mouvements de 2011).

 

En quelques mots, l’holisme est un concept identifié par Jan Christiaan Smuts considérant que « La tendance dans la nature à constituer des ensembles qui sont supérieurs à la somme de leurs parties ». Enfant de l’écologie, l’holisme accorde une importance aux interrelations entre les êtres vivants au sein d’un écosystème. Ce sont ces interrelations qui font que le système vaut plus que des parties qui seraient isolées et donc non fonctionnelles (par exemple dans un corps humain, chaque organe ne fonctionne que parce qu’elle fait partie d’un corps, donc d’un système). Or justement, ces organisations, souvent appelées encore alternatives faute d’une identité propre à elles, sont considérées par les citoyens comme éthiques parce qu’elles adoptent cette vision systémique. Selon Boris, si le terme d’holisme n’est pas encore propagé, son principe n’en demeure pas moins très présent. Cette approche systémique se traduit à la fois dans la place que prend l’écologie, mais aussi dans la considération des autres et par conséquent la décentralisation du pouvoir de décision en partie grâce aux évolutions relationnelles permises par l’avènement d’internet (commerce équitable, poussée des coopératives, logiciels libres, financement participatif, pair-à-pair, etc). On passe d’un système pyramidal très starifié, à des modèles beaucoup plus horizontaux qui intègrent dans les processus de décision des enjeux d’acteurs non présents (communautés éloignés, générations futures) et non humains (animaux, végétaux…). L’approche de la santé ne se focalise plus sur ce qui est malade, mais pourquoi je suis malade, quel a été mon rapport avec mon environnement physique et psychologique. D’ailleurs en psychologie déjà Abraham Maslow parler de psychologie holistique justement dans la considération de cette approche systémique.

 

Origines

 

De famille d’artistes, né durant un opéra, malgré un début de parcours brillant, il quitte l’école à 17 ans et  commence à travailler sans diplôme. De petits jobs en petits jobs, au regard du rapport employeur employé, il rejette le travail et découvre la rue, les magouilles et la casse sociale. Il est aussi touché  par les catastrophes industrielles. Il s’engage à 100% pour l’écologie considérant dans la nature la possibilité d’auto-subsistance : le travail n’a plus besoin d’un intermédiaire, il suffit de soigner le vivant pour trouver pitance et les loisirs n’appellent pas la consommation, au contraire (balade, jardinage, bricolage…). Il trouve alors une opposition flagrante entre l’urbain et le rural dans une vision dualiste opposant développement technologique et paysannerie. Il prendra plus tard du recul sur cette opposition radicale tout en gardant une considération forte sur l’importance de l’écosystème (environnement des personnes) et raisons d’agir (vision de société, choix personnels).

 

Nature et parcours professionnel

 

Il part donc vivre  en montagne et apprend les ficelles auprès des anciens, des paysans, d’artisans. Il travaille 10 ans dans l’éducation à l’environnement et suis  des cours par correspondance. Il passe son Bac, son BPREA (pour  l’installation agricole), puis un BTS Agricole en Gestion et Protection  de la Nature. Il est débauché par la Ligue Protectrice des Oiseaux sur  un enjeu de médiation territoriale dans le cadre de la réintroduction  des vautours dans le Verdon. Puis il retourne aux sources et devient  berger. Après un passage à Paris dans un bureau d’étude d’ingénierie  territoriale sur les problématiques multiacteurs pour une meilleure prise  en compte du vivant, il part pour Port-Cros diriger le Fort de  l’Eminence pour la Ligue de l’Enseignement en partenariat avec la  Fondation GoodPlanet créée par Yann Arthus Bertrand. Il accueille des  jeunes en difficulté. Il décide en 2008 de créer une entreprise au  service des territoires ruraux défavorisés pour aider les élus, les  entreprises et les associations à mieux prendre en compte les enjeux  écologiques, sociaux et culturels comme leviers économiques. Son entreprise œuvre donc dans le conseil, l’événementiel et la communication. Considérant le fait que beaucoup de petits projets à fort potentiel éthique ne décollent pas faute de visibilité et de méthode, il crée une boutique mélangeant les approches des Biocoop, Nature et Découvertes et des Maisons de Pays en cherchant à aller le plus loin possible dans l’engagement éthique. Il se rend compte alors combien l’éthique des produits qu’il met en avant est très sectorisée (l’écologie ou le social, le prix ou le local, etc). Il voit aussi qu’il sera difficile de générer un impact important avec une petite boutique aussi pertinente soit-elle.

 

Hacker le néo-libéralisme et le capitalisme

 

Un jour  qu’il se balade au dessus de son hameau de cent âmes, il constate  combien l’urbanisation continue d’avancer. En France, l’équivalent d’un  département français disparaît tous les sept ans sous l’urbanisation. Il  réfléchit alors à la possibilité de générer un impact le plus pertinent  et efficace possible considérant les dangers imminents de la  civilisation moderne.

Il réalise que ceux qui changent le monde sont  plutôt Coca-cola, MacDo, Facebook, Amazon et Apple que Gandhi ou Luther  King… Il décide alors d’entrer dans une école de commerce pour  comprendre la culture business et tenter une révolution par le faire  ensemble : capter les outils efficaces des multinationales pour créer  une entreprise non lucrative capable de générer le même impact que Mac Do mais dans une portée éthique, et grâce à la maîtrise de la culture  business, convaincre ce monde par ses propres mots de la mauvaise route  prise par ces leaders économiques. Euromed Management (devenue Kedges  Business School) accepte sa candidature. Il obtient le diplôme de  l’Executive global MBA, classé en 2015 27e meilleur MBA au monde, 4e en  France.

 

La dynamique des mouvements sociaux de 2011

 

Il restera fidèle à son projet et se consacre aux associations  et aux petites entreprises engagées dans l’éthique. Entre temps en 2011, c’est l’émergence des mouvements sociaux, des Révoltes Arabes jusqu’à  Occupy Wall Street en passant par les émeutes grecques et le 15M  espagnol. Boris part rencontrer activistes et organisations éthiques  locales (paysans bio, coopératives citoyennes, écoles alternatives,  projets sociaux, habitats collectifs auto-gérés, etc). Il observe  combien à défaut d’être parfaitement connectés ces mouvements se  répondent par échos et combien l’émergence d’alternatives fait  pressentir les mouvements sociaux, comme si les peuples se soulevaient  une fois conscients que leur utopie est réalisable et que les  gouvernements refusent le changement. Il goûte aussi à la défaite de la  plupart de ces mouvements face aux gouvernements répressifs. Il constate  aussi les dérives géopolitiques sur bien des secteurs, particulièrement  au Moyen Orient.

 

Naissance d’Etika Mondo

 

De cette expérience née Etika Mondo : une ONG dont le  but est de créer une carte du monde des organisations éthiques afin de  montrer que partout des gens se retrouvent sur des valeurs similaires et  que chaque projet peut nourrir les autres avec ses bonnes pratiques. Il  passe trois ans à mettre en place cet accélérateur de progrès éthique.  Avec la première carte mise en ligne de plus en plus de jeunes cherchant à travers le voyage à rencontrer des personnes ayant réussi dans leur vie à associer valeurs et résilience, se rapprochent d’Etika Mondo. Boris leur apprend les prémisses de l’écologie de projet : une méthode révolutionnaire qui analyse l’alignement des organisations entre valeurs, mission, offre, organisation et impacts. Il se rend compte combien la plupart des jeunes n’ont pris que trop rarement la peine de réfléchir au sens qu’ils veulent donner à leur vie. Riche de son expérience en école de commerce, il décide d’inclure un module développement personnel en introduction de ses accompagnements qui s’améliorent à chaque nouveau départ. Le concept séduit. Parallèlement, l’écologie de projet s’améliorant, il teste une première trame d’un questionnaire de six heures auprès de quelques organisations. Les résultats sont sans appel. Toutes les organisations auditées encouragent Etika Mondo à aller plus loin. Etika Mondo touche ce qu’il manque aux labels : une approche plus globale, plus transparente, incluant la partie gestion de projet et les raisons profondes du porteur de projet à s’investir dans ses choix. Etika Mondo initie alors une formation en ligne avec pour principe de fusionner éthique et gestion, idéalisme et pragmatisme. Les organisations accueillent le concept avec enthousiasme et s’en suit une offre d’accompagnement des porteurs de projet.

 

Réalisations et projections

 

Aujourd’hui Etika Mondo accompagne donc des jeunes exploratrices et explorateurs qui veulent partir à la rencontre d’organisations éthiques, ainsi que des porteurs de projet qui souhaitent passer de l’idée au projet ou bien qui sont déjà lancés. La prochaine étape est de répondre à la demande nouvelle des séniors qui trouvent chez Etika Mondo une façon utile et innovante pour investir leur temps à travers le voyage et pour un monde meilleur à léguer aux jeunes générations. A la clé, l’émergence d’un réseau mondial d’organisations et d’ambassadeurs reliés autour d’une méthode d’analyse de l’éthique open source et d’un site internet gratuit présentant une carte mondiale de ces ressources, des articles, des rapports, des photos et vidéos pour diffuser à grande échelle tous ces talents fabuleux qui font déjà le monde de demain. Boris voit par ce moyen l’émergence du nouveau Wikipédia spécialisé sur la question de l’éthique et donc levier d’une nouvelle approche de la connaissance et de la notion de progrès : passant du progrès technique au progrès éthique (ce dernier n’excluant pas le premier). Il prévoit que cette cause participera de manière concrète et à grande échelle à une nouvelle considération des raisons qui animent les gestes quotidiens de chacun. Ces raisons, il les résume dans ce qu’il nomme les sept champs de l’éthique et qui font les fondements d’Etika Mondo : l’écologie, la santé, le social, l’économie, la démocratie, l’éducation et la culture. Le retour sur investissement à valeur uniquement financière et à destination d’un minimum de personne dans un volume le plus gros et un temps le plus court sera remplacé par une appréciation holistique de la richesse.

 

Conclusion

 

Boris fait partie de ces passionnés qui ne se donnent aucune limite à l’utopie, ni au pragmatisme nécessaire pour la réaliser.