De Platon à Peter Pan !

C’est en découvrant des projets extraordinaires portés par des personnes incroyables dans divers domaines éthiques que le terme de « Ré-enchanteurs » s’est imposé dans mon vocabulaire. Notamment en rencontrant Marc de la Ménardière qui a réalisé le film « En quête de sens » au côté de Nathanaël Coste il y a un peu plus d’un an. J’ai découvert que plusieurs projets dont ce film pouvaient procurer émerveillement et enchantement au sein du public. La flamme au fond des yeux s’était ravivée, la même que celle de nombreuses petites filles suite au récit des exploits des fées ou mages des contes. Le projet était illuminé, ravivait les rêves, ré-enchanter les regards. Selon moi, ce projet ici portait un idéal et rassemblait les valeurs platoniciennes « du beau, du bien, du vrai, et du juste ». Afin de pouvoir dans un prochain article bien définir qu’est ce qu’un ré-enchanteur et comment devient-on ce magicien de vie, il me semblait important de clarifier quelques notions importantes. Celles du monde des idées de Platon, puis celles d’éthique et morale. Vaste et difficile programme me direz-vous !

Alors qu’est ce que le monde des idées selon Platon ?

Platon était le disciple de Socrate qui enseignait à priori peu ! Mais qu’est ce qu’il posait comme questions afin d’amener son interlocuteur à des prises de conscience concernant ses croyances, opinions, et surtout son ignorance ! Sa devise était celle du temple de Delphes : “Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux”. Il ne s’agissait pas pour lui d’adhérer à un système extérieur  dogmatique religieux, politique ou autre mais de passer par son intériorité, par sa propre conscience.

Le monde des idées découle d’un constat réalisé par Platon. Il existe :

Le monde que l’on appelle sensible (perceptible par les cinq sens : vue, ouïe, odorat, goût et toucher) où les choses sont inconstantes, impermanentes et donc temporelles.

Le monde intelligible : monde des idées qui sont permanentes, constantes, éternelles, et immuables.

Selon lui, le monde intelligible, atemporel et immuable a une valeur supérieure au monde sensible. Les « idées » sont comme les parents « archétypaux » de toutes les choses du monde sensible matériel. En d’autres termes, le monde sensible terrestre est une version ou un reflet imparfait temporel du « monde des idées ». Par exemple, une belle oeuvre, un beau tableau, une belle musique sera un exemplaire de l’Idée du Beau, participera à la notion du Beau mais n’est pas la Beauté. Les idées sont donc, d’après Platon, une réalité supérieure, l’essence intemporelle de toutes choses et de tout être. Dans ce monde pur des Idées, Platon nomme l’idée du Bien, du Vrai, du Juste, du Beau, mais aussi de cercle, de carré ou encore d’homme, d’animal…

Il proposait ainsi de rechercher le Beau, le Bien, le Vrai, le Juste et constatait que les personnes méditant sur ces notions et les appliquant dans leur vie, développaient une morale, une éthique personnelle.

Ce qui est intéressant dans cette approche platonicienne des valeurs est la notion d’atemporalité et d’immuabilité. Jacqueline Kelen, productrice d’émission à France Culture et écrivaine, spécialisée dans le déchiffrement des mythes de l’Occident et l’étude de la voie mystique, soulève une idée intéressante. « Les valeurs dont le monde se grise (laïcité, égalité) sont temporelles et précaires tandis que les vertus pratiquées par les philosophes grecs sont universelles et intemporelles : courage, justice, générosité, humilité… Ce sont ces vertus qui peuvent rendre le monde moins violent 1.» Les valeurs de laïcité, égalité sont bien sûr des valeurs importantes. Elles sont des problématiques souvent soulevées par les états et questionnent en terme de droits : droits à la laïcité, droits à l’égalité… Les valeurs des philosophes grecs atemporelles dont elle parle sont des valeurs, des vertus qui, en les pratiquant profondément, peuvent par la suite induire dans le monde sensible des lois morales personnelles mais aussi au sein des sociétés. En quelques mots, si chacun pratique en pleine conscience des valeurs atemporelles du « monde des idées » alors découlera dans la matière un nouveau monde, meilleur. Pour ma part, je m’intéresserai donc aux vertus des ré-enchanteurs, chevaliers et artisans du monde merveilleux plutôt qu’aux lois en découlant.

A partir de ce point de vue, il était intéressant pour moi de revenir sur les notions « d’éthique » et de « morale ». N’étant absolument pas experte du sujet, j’avoue m’être « un peu arrachée les cheveux »

Alors y a-t-il une différence entre ces deux termes ?

À vrai dire, rien dans l’étymologie, ne les différencient. L’un vient du latin (mores), l’autre du grec (ethos) et les deux renvoient à l’idée de moeurs, de manière d’agir… Cependant, les rapports entre ces deux notions sont délicats, car la distinction entre ces deux termes eux-mêmes est différente selon les penseurs et les époques.

Selon le dictionnaire Larousse, la morale (latin mores = moeurs, conduite, manière d’agir) est « l’ensemble de règles de conduite, considéré comme bonne ou découlant d’une certaine conception de la vie ». Le centre national de ressources textuelles et lexicales la définit ainsi : « Concerne les règles ou principes de conduite, selon un idéal individuel ou collectif, dans une société donnée. Ces règles de morale peuvent varier selon la culture, les croyances, les époques, les conditions de vie et les besoins de la société. Elles ont souvent pour origine ce qui est positif pour la survie de l’ethnie, du peuple, de la société. ». Elles peuvent donc être d’inspiration religieuse, culturelle, philosophique…D’autre part, la morale étant un ensemble de règles, elle induit des normes, des devoirs, des impératifs et des interdictions.

Au regard de ces définitions, nous pouvons constater que la morale est donc une application, une pratique de l’homme, d’un groupe social, ou d’un peuple dans le monde sensible terrestre, et répondant à un idéal.

Mais qu’est ce que l’éthique alors ? Car de nos jours, ce mot a une connotation moins péjorative que le mot « morale ».

Le Larousse définit l’éthique ainsi : « Discipline philosophique qui envisage les fondements de la morale et l’ensemble de ses principes. »  C’est en quelque sorte la science de la morale et d’un point de vue plus général une discipline philosophique qui réfléchit sur les finalités, sur les valeurs de l’existence, sur les conditions d’une vie heureuse, sur la notion de « bien » ou sur des questions de morale. En cela, l’éthique est une recherche de ce qui est élevé, d’un idéal.

Dans « Le capitalisme est-il moral2 ? », le philosophe André Comte-Sponville différencie l’ordre moral et l’ordre éthique. Pour lui, la morale est ce que l’on fait par devoir en mettant en oeuvre la volonté et l’éthique est tout ce que l’on fait par amour en mettant en oeuvre les sentiments.

De ce point de vue, « l’éthique » apparaît plus théorique et plus philosophique que le mot « morale ». De plus, mon sentiment est qu’il se dégage de la notion d’éthique un sentiment de « liberté d’Être » et par conséquent un sentiment de liberté d’exprimer ses actions connectées au Coeur. Actions pouvant être spontanées ou préalablement pensées. Pierre Reverdy, poète français du XXème siècle écrira : « L’éthique, c’est l’esthétique du dedans3 » Quelle belle phrase que d’imaginer le beau intérieur qui se cache en nous, les belles valeurs de coeur qui nous animent et nous permettent ou permettront d’entrer en actions ! J’aime cette idée « d’esthétisme intérieur » capable d’alimenter nos actions, et qu’alors de nos mains pourront grandir de nouvelles initiatives dont la finalité est un monde meilleur. Etika mondo appartient à ce courant de pensées. Aider chacun à re-connecter ses propres idéaux afin qu’ils deviennent librement des ambassadeurs du changement, des ré-enchanteurs dans des domaines comme l’écologie, la santé, le social, l’économie, la démocratie, l’éducation, ou la culture.

Enfin, je pense que les termes de morale et d’éthique peuvent se rejoindre, car si l’éthique est finalement la recherche de finalités, d’idéal lié au coeur et la morale les applications pratiques alors les deux peuvent cohabiter dans le monde pratique.

Loin de moi l’idée de faire une généralité, mais très souvent, nos valeurs et nos idéaux sont cachés, oubliés, perdus tant la « roue de hamster du quotidien » est « aspirationnelle »! Pour ma part, j’ai oublié ou ignoré une partie de moi-même, de mon univers durant de années. Je me suis perdue préférant penser en terme de sécurité personnelle, matérielle, sentimentale et toutes les autres… !

Souvenez vous le film « Hook ou la revanche du capitaine crochet 4 », le scénario montre un Peter Pan adulte, devenu un avocat d’affaires marié et père de deux enfants, mais ayant occulté son passé, ses valeurs, ses idéaux. Un Peter s’étant oublié dans le « quotidien aspirationnel. » Il n’a plus le moindre souvenir du « Pays Imaginaire » ni de son enfance, il est devenu un homme rationnel, pour qui l’histoire de Peter Pan n’est qu’un conte pour enfants. 

Petit à petit, sur ce nouveau chemin de vie, Peter redécouvre en lui les plaisirs de l’usage de l’imagination, de ses talents, de ses compétences. Il éprouve cependant des difficultés à évoquer une pensée suffisamment heureuse pour lui permettre de voler. Ce n’est qu’après avoir retrouvé son refuge d’autrefois et les personnes qui lui sont chères, que la mémoire de ses jeunes années lui revient. Il re-connecte son coeur et ses idéaux et découvre du même coup la pensée heureuse idéale lui permettant de voler.

Pourquoi se rappeler cette histoire fantastique ? Parce qu’elle est le reflet de ce qui peut se passer dans nos vies ! Nous pouvons re-connecter nos pensées heureuses, celles qui appartiennent au monde des idées de Platon : le beau, le bien, le vrai, le juste,…, celles qui sont atemporelles, celles qui sont directement connectées à notre coeur, et ainsi trouver ou retrouver nos idéaux pour ensuite s’ envoler ! Agir et devenir un Peter Pan, un ré-enchanteur des temps modernes ! Aujourd’hui, j’emprunte un chemin qui je sais me permettra de voler.

Amélie, « Ré-enchanteuse Investigatrice Apprentisseuse »

où « Fée Reporter en quête de Vrai »,

Actuellement à Aréquipa, Pérou.

1 JacquelineKelen, Revue Acropolis, hors série numéro 6

2 Albin Michel, André Compte-Sponville

3 Pierre Reverdy : 1889-1960, Le livre de mon bord

4 Steven Spielberg, film de 1991 et inspiré de l’oeuvre de J.M. Barrie, Peter Pan

1Commentaire

  • Campaignolle

    04.11.2016 at 13:47

    Et voler c’est magique……

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