Des abeilles libres au Rucher Conservatoire des Albères (Pyrénées orientales)

Nous nous rendons dans le massif des Albères, à Villelongue dels Monts, aux environs d’Argelès, dans les Pyrénées orientales, à la rencontre de l’équipe de l’association APAMM à l’initiative et en charge du Rucher Conservatoire des Albères. Comme la journée est bien avancée, nous allons d’abord festoyer : Marie-Laure et Anthony nous accueillent autour d’une excellente Fideua (Paëlla à base de pâtes d’origine catalane due soit-disant aux pêcheurs qui auraient oublié le riz…).

 

Le lendemain matin, petit déjeuné sous le figuier, un pur régal à base de pur miel et de purs jus de fruits, un pur bonheur. Anthony se reconnaîtra 🙂 

 

Et puis nous voilà partis direction les ruchers conservatoires. Alors qu’est-ce qu’un rucher conservatoire ? Et bien c’est un ensemble de ruches composées d’essaims sauvages (en l’occurrence uniquement avec des essaims issus de reines noires) et conduit de manière à partager un savoir et non de manière productive. Ici tout est fait avec beaucoup de bon sens et une influence certaine de cet excellent livre pratique de Rémy Bacher « L’ABC du Rucher Bio » (aux éditions Terre Vivante).

 

Anthony nous présente une hausse. Une ruche est en fait composée de plusieurs hausses superposées. On intègre la hausse la plus récente par le bas. Puis le voilà qui nous explique le rôle de la propolis. Pour information, la propolis a de multiple vertus. Marie-Laure saura vous venter toutes ses caractéristiques antibiotiques (quelque soit le bobo, hop! S.O.S Propolis !). Il parait même que les égyptiens couvraient les corps des pharaons défunts de propolis pour leur conservation… Mais à quoi ça sert dans la ruche ? 

 

Et bien Anthony nous explique que c’est à la fois le ciment et l’isolant dont se servent les abeilles. Preuves à l’appui, il soulève délicatement le toit de la ruche et nous voyons des bandes de propolis fixant les cadres et le grillage. D’ailleurs les hausses sont toutes « cimentées » entre elles avec de la propolis. « C’est le seul moment où j’extrais de la propolis : lorsque j’ouvre délicatement au ciseau une hausse pour la récolte. J’en récupère un peu sur le bord de la hausse« . Ni plus ni moins histoire de laisser le trésor aux intéressées.

 

Bon très bien Anthony, mais ton secret alors ? Pourquoi un conservatoire ? C’est bien beau le « tout naturel », mais nous on veut des éléments concrets ! Ah, tiens ? Une vitre à chaque hausse ? Très sympa et particulièrement pédagogique : les enfants adorent ! Anthony nous montre les abeilles dans les hausses (entre 50 000 et 80 000 par colonie). On peut voir la hausse du haut chargée en miel, celle du milieu beaucoup moins chargée, avec des alvéoles encore blanches, puis celle du bas, rien. Quelques ouvrières sont en train nettoyer le premier étage pour le rendre impeccable avant que les choses sérieuses ne commencent. L’expert touche la vitre du doigt : 36°C. Et là il nous livre le secret…

 

« Tu vois, grâce à cette vitre, je n’ai pas besoin d’ouvrir la ruche pour regarder si tout se passe bien dedans. Du coup je ne perturbe pas la chaleur ambiante qui doit être de 36°C. La grande majorité des apiculteurs ouvrent les ruches pour tout type de vérifications. Du coup ça stresse les abeilles et les ouvertures favorisent le varroa dans la ruche. Le fait de laisser la propolis, ça sert aussi à ça : le varroa est un parasite sur le corps de l’abeille, grâce à cette ambiance où l’on sent la propolis même à l’extérieur de la ruche, le parasite est clairement limité. Je n’ai pas de problème de varroa« . Le varroa est un acarien qui parasite les abeilles et qui fait de véritables dégâts. Il est originaire d’Asie où les abeilles résistent mieux. Est-ce les abeilles qui résistent mieux ou bien la manière de conduire les ruches qui ne convient pas ? Peut être les deux.

 

Toujours est-il qu’en France, dans un contexte similaire, la technique de la vitre et le maintien de la propolis semble d’une efficacité redoutable. « Je ne récolte les hausses que tous les 18 mois. Et surtout j’en laisse pour que les abeilles passent tout l’hiver avec leur propre miel. J’extrais seulement une partie du miel (environ la moitié de ce que peut me fournir une hausse) et j’interviens durant le printemps pour que les abeilles aient le temps avant l’été de refaire les réserves qu’elles souhaitent. Tout va très vite car l’été il n’y a plus de fleurs. On a semé des fleurs locales pour prolonger un peu les mélifères et nous allons en semer un peu plus. et j’ai aussi envie d’essayer des ruches en paille et en tronc. Je ne suis pas tenu à une production, alors je peux tenter des expériences« . En gros, la technique d’Anthony est simple : il s’adapte à la nature de l’abeille plutôt que d’adapter l’abeille à un système de production qui pour certains est carrément industriel. Anthony récolte 10 litres dans une hausse là où d’autres récoltent tout soit 20 litres pour ensuite nourrir les abeilles tout l’hiver avec du sirop de glucose (sucres). « Ca se retrouve dans le miel après« .

 

Comme il n’extrait que sur une hausse tous les 18 mois, là où d’autres récoltes partout chaque année… je vous laisse imaginer pourquoi on parle ici de conservatoire et non de système d’exploitation agricole. Même les rayons de cires ont été réfléchis : Anthony laisse faire les abeilles. Et du coup… « C’est tout tordu ton truc ! ». « Oui, ici le vent dominant c’est la Tramontane qui vient du nord. Quand ça souffle fort, ça se ressent dans les ruches. Du coup les abeilles construisent de travers pour se protéger du vent…« .

 

On apprécie découvrir le monde des abeilles avec ce passionné qui nous fera nous approcher des ruches à un mètre avec nos trois enfants dont le dernier n’a que quatre mois et le plus grand court partout. « Si tu es doux avec tes abeilles, si tu y vas doucement pour les enfumer sans exagération lors de la récolte, que tu les préviens avec un petit toc-toc et que tu évites d’ouvrir sans arrêt la ruche pour un oui pour un non, tes abeilles sont calmes. Des fois j’arrive chez des apiculteurs, et à plusieurs centaines de mètres je vois arriver des abeilles. Je me dis : « Allez c’est bon, encore un qui fait tout dans la brutalité. » Alors j’enfile ma combinaison avant de sortir du véhicule. Ici on accueille des visiteurs et notamment des scolaires. Et tu vois, les abeilles sont très calmes, aucune piqûre à craindre. On provoque un déclic dans l’esprit des gens. C’est une approche totalement différente. Mais bon, nous ne sommes pas là pour produire du miel. Les abeilles ont un rôle majeur dans la nature et nous sommes là pour réconcilier les gens avec les abeilles. Nos ruches sont toutes parrainées. En fait ici les gens viennent, visitent et tombent sous le charme. Ils parrainent alors une ruche et nous la leur entretenons ».

 

Nous quitterons nos amis avec pour ma part une réflexion à laquelle malgré quelques acquis en écologie je n’avais jamais pensée, gourmand que je suis ! Marie-Laure m’interpelle sur les miels monospécifiques (miel de Lavande, de  Thym, d’Acacias, etc. Elle milite pour des miels d’écosystèmes, type Miel toutes fleurs : « C’est comme la monoculture, c’est une hérésie ! » s’exclame-t-elle, « C’est comme dire à quelqu’un : et bien maintenant tu ne vas manger que des pâtes ! » En effet, imaginer manger la même chose tout le temps, va très motivant comme menu… « L’abeille se soigne uniquement en mangeant. Et pour quelle se soigne bien il faut la laisser libre de manger ce que bon lui semble sans transhumance pour la mener d’un champ à un autre et faire du miel de tel et tel parfum. Ah c’est certain que le miel de lavande c’est divin, mais c’est un nom sens pour les abeilles !« . Mince, quelle réflexion juste. Moi qui suis un grand amateur de miels, me voilà perturbé. Mais quand c’est pour prendre soin du monde tel qu’il fonctionne, on en redemande !En effet, nous aurons l’occasion de rencontrer Ghislaine lors de notre visite chez Marie-Laure et Anthony qui marraine donc une ruche. Et au moment de notre départ Marie-Laure et Anthony emmènent Ghislaine rencontrer une autre marraine. « C’est ça aussi le Rucher des Albères, nous sommes une petite communauté, les gens se rencontrent, nouent des liens et nous partageons la passion des abeilles« .

 

Boris, 9 juillet 2012

 

Site du Rucher Conseratoire des Albères (APAMM)

Pas de commentaires

Poster un commentaire