LE CONTREPIED

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Où ?

Avranches, Normandie.

Quand ?

Juillet 2016

Qu’est ce que c’est ?

Le Contrepied est une coopérative d’éducation populaire qui forme et accompagne des personnes et structures qui œuvrent en faveur de l’idéal démocratique, dans un objectif de transformation sociale et politique.

 

Née de l’auto-dissolution du Pavé, connue pour ses conférences gesticulées, la coopérative du Contrepied ne transmet pas seulement des outils de débats ou de prise de décision démocratiques : elle forme avant tout à ce que signifie et ce qu’implique une démarche démocratique.

 

Nous avons participé à trois jours de formation organisés par le Contrepied à la demande de l’association Quartier Nature qui a souhaité se faire accompagner dans un projet de forum ouvert à Avranches.

Quel lien avec la démocratie ?

L’éducation populaire fait le pari que l’émancipation individuelle et la transformation des rapports sociaux sont deux leviers indispensables à l’avènement d’une société réellement démocratique.

 

Après avoir rencontré plusieurs structures pouvant être affiliées à l’éducation populaire, il nous paraissait essentiel de nous rapprocher de ce mouvement en explorant une coopérative d’éducation populaire. Nous souhaitions notamment mieux comprendre comment chaque individu peut renforcer la démocratie à son niveau, dans ses choix quotidiens, son rapport aux autres et son rôle dans la société.

Qu’avons nous appris ?

Lors de notre courte – mais non moins intense – exploration avec le Contrepied, nous avons abordé toute une série de questions posées par l’éducation populaire, parmi lesquelles : comment rendre les rapports sociaux davantage démocratiques ? Comment faire en sorte que chacun prenne conscience des enjeux collectifs ? Comment sensibiliser à la pensée complexe ? Comment créer du débat et faire émerger du commun dans l’espace public ? Nous avons interrogé les différentes formes de participation citoyenne, les leviers de démocratisation de la société, les freins à l’engagement et les manières dont il est possible d’organiser les individus en collectif.

 

Nous avons approfondi l’histoire des structures d’éducation populaire et d’activités socio-culturelles en France, ainsi que la vision des rapports de pouvoir selon les coopératives d’éducation populaire.

 

Par ailleurs, nous avons interrogé la position de l’animateur d’éducation populaire. Les coopératives d’éducation populaire considèrent qu’il n’est jamais neutre. Lorsqu’il interagit avec quelqu’un, ses croyances, ses convictions, ses expériences rentrent en jeu. Par ailleurs, il se place toujours dans une position visant à conscientiser son interlocuteur pour qu’il ait une vision plus complète de la réalité pour la suite (par exemple en lui faisait prendre conscience d’autres points de vue que le sien, des logiques invisibles des rapports sociaux, des conséquences collectives d’actes individuels, etc…).

 

Enfin, nous avons interrogé la place du corps dans les processus de conscientisation et de déconstruction des rapports sociaux freinant l’émancipation individuelle.

Des leviers pour organiser le collectif dans un but de transformation sociale :

  • La conscientisation comme ciment du collectif : les entretiens de conscientisation ainsi que l’outil Porteurs de Paroles, permettent d’entrer en dialogue avec les autres dans une relation franche et directe pour révéler des contradictions, faire prendre conscience que la différence est une richesse et sensibiliser sur des enjeux collectifs et globaux (inégalités, changement climatique, etc).
  • Choisir le lieu, l’échelle et la temporalité adaptés pour organiser le collectif : en fonction des objectifs et de la situation, il est possible d’organiser le collectif dans un espace privé ou sur la place publique, d’agir sur quelques personnes ou sur un territoire, de créer des interactions directes ou indirects entre les individus, d’organiser le collectif en menant des entretiens individuels ou en créant des événements de groupe, d’utiliser des stratégies conviviales ou contestataires, de se placer « avec », « contre » ou « avec » les pouvoirs institutionnels… Le champ des possibles est vaste.
  • Importance du cadre : les règles permettent de définir un espace de liberté où chacun peut s’exprimer et être réellement écouté, libéré des conventions et des rapports relationnels habituels.
  • Nommer ce qui relie le groupe et la manière dont il fonctionne : lors de la constitution ou la consolidation d’un collectif, interroger sa raison d’être et formaliser le fonctionnement de sa gouvernance permet aux membres du groupe de se mettre explicitement d’accord sur les principes fondamentaux du collectif. Il est également important d’organiser régulièrement des temps d’échanges pour écouter l’évolution des aspirations des membres, et éventuellement faire évoluer les règles communes.

Des outils pour agir :

  • diverses formes de débats (gros débat, Porteurs de paroles, forum ouvert),
  • des outils de conscientisation (entretiens de conscientisation, porteurs de paroles),
  • des méthodes de gouvernance partagée,
  • la démarche d’expérimentation (méthode par tâtonnements),
  • des outils de brainstorming (doutes & certitudes, débats mouvants).

Des recommandations pour mener à bien une démarche participative :

1. Avant de mettre en place des processus et des outils, il s’agit de réfléchir au sens de la démarche participative et à la posture des acteurs souhaitant la mettre en place. Parmi les questions à se poser, une semble particulièrement importante : comment gérer les potentielles contradictions entre la vision de la structure organisatrice (autrement dit, sa raison d’être, ses valeurs, son projet politique…) et les idées qui sont susceptibles de ressortir de la démarche participative ?

 

2. Toute démarche participative se doit d’autoriser et d’organiser le conflit d’idées pour dépasser le consensus mou tout en évitant l’affrontement violent et stérile.

 

3. Lors de la mise en place d’un système de management participatif, il faut être vigilant aux limites pouvant empêcher une participation pleine et réelle de tous les membres de l’équipe. Il s’agit par exemple de prendre en compte les rapports de pouvoir en place lors de la conception du processus de participation, ou encore de veiller à ne pas reproduire des schémas exclusivement verticaux.

 

4. Lors de la conception et de la mise en œuvre de projets participatifs, il faut être conscient des limites des logiques de projet : si tout est par avance figé dans le marbre et que rien ne peut évoluer au contact de la réalité et de l’expérience des participants… est-ce vraiment un projet participatif ?

 

5. Les leaders de toute démarche participative doivent eux-mêmes être exemplaires en la matière.

 

6. Dans un projet participatif visant à faire prendre conscience aux participants de dysfonctionnements sociétaux, l’animateur doit toujours veiller à rester à l’écoute des participants afin de ne pas basculer dans une posture dogmatique ou manipulatoire.

 

7. Les projets artistiques participatifs ayant une visée politique doivent s’assurer de pouvoir aboutir à un résultat audible par le public, les personnes ayant la capacité d’agir sur le sujet en question et les participants eux-mêmes. Parfois, un acte politique « classique » peut venir accompagner le projet artistique pour démultiplier son potentiel de transformation sociale.

Des questions pour la suite :

  • La verbalisation est-elle un passage obligé pour qu’il y ait transformation sociale ?
  • Est-il nécessaire de générer de la confrontation pour être en démocratie ?
  • Y-a-t-il des cloisonnements nécessaires ?
  • Jusqu’où l’accompagnement peut-il aller, lorsque les objectifs de l’accompagnateur et de l’accompagné entrent en contradiction ?
  • Comment concilier deux volontés en apparence contradictoires, celle de travailler avec les pouvoirs publics (« avec » le pouvoir), celle d’avoir un rôle de poil-à-gratter (« contre » le pouvoir) et celle de montrer l’exemple (« à côté » du pouvoir) ?
  • Dans quelle mesure le corps peut-il être un outil de déconstruction de schémas mentaux et de rapports sociaux, un outil d’expression ayant le potentiel de révéler ce qui est d’ordinaire inconscient ?

Quels sont les principaux acteurs interrogés ?

Des membres de l’équipe de la scop Le Contrepied et des membres de l’association Quartier Nature.

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