Internet n’a rien changé dans le monde…

Internet n’a rien changé dans le monde…

Ici, la table de travail n’est plus chargée d’aucun livre. A leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements. De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone.” (Paul Otlet, Traité de documentation, 1934)

 

J’ai toujours dit qu’internet n’avait rien changé dans le monde et que la véritable révolution était surtout et avant tout culturelle avec l’émergence de l’écologie et plus largement de l’holisme.

 
Aujourd’hui en affinant mes recherches je tombe sur les prémonitions de Paul Otlet quant à l’internet dans son ouvrage « Traité de documentation » (1934). Otlet a démarré en 1895 le Mundaneum (centre international de documentation) avec son ami La Fontaine à peine vingt-neuf ans après l’ouvrage majeur d’Ernst Haëckle « Morphologie générale des organismes » (1866) dans lequel ce dernier nomme pour la première fois l’écologie et la définit comme : « la science des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence« .
 
En 1866 le cogito ergo sum (je pense donc je suis) de René Descartes (1637) meurt. Non les conditions d’existence ne sont pas l’essence de Dieu qui place dans ma pensée l’idée du monde. Les conditions d’existence ce sont les interactions que tout être vivant entretient avec son environnement.
 
L’écologie est une révolution copernicienne. Les conditions d’existence passent de la pensée du « je » à l’écosystème du « nous« . Et en toute logique, suite à l’idée d’humanisme hérité des lumières, Otlet a bien saisi toute l’importance que la connaissance se doit d’être systémique et interactive. Il est nourri par la volonté de favoriser la paix entre les peuples et il sait que le partage de la connaissance mondiale est une oeuvre essentielle. C’est dans cette dynamique culturelle où les théorèmes écologiques viennent bousculer les visions du monde, que l’idée d’internet nait. Sa technologie ne commencera qu’un siècle après l’ouvrage d’Haëckle et trente ans après celui d’Otlet.
 
La technologie est le fruit de la culture et non l’inverse. Même si l’outil modifie les comportements, ces derniers sont acquis parce que la technologie répond à une idée contemporaine. L’outil nait d’une vision, il n’apparait pas dans la tête de l’inventeur par la volonté de Dieu. L’inventeur est soumis aux interactions de son environnement, aux influences de son temps.
 

Ceci a pour conséquence une notion fondamentale : la technologie n’est pas dépourvue de sens. Elle est l’expression direct d’un état d’esprit contemporain. Ainsi, tendre radicalement vers une civilisation écologique et en paix ne sera en rien la mort de toute technicité, au contraire : nous sommes déjà en train de passer de la technologie moderniste à la technologie holistique, du tout énergétique et de la robotique à des approches écosystémiques (systèmes vivants), par exemple de l’agriculture industrielle à la permaculture.

 

Cette petite présentation se veut une introduction à un article complet à venir et un hommage à Bruce Charles « Bill » Mollison, un des pères de la permaculture et inventeur du nom, qui nous a quitté hier.

 

Boris 

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