LA GARE MONDIALE

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Où ?

Bergerac, Dordogne.

Quand ?

Mai 2016

Qu’est ce que c’est ?

On ne sait jamais vraiment comment définir la Gare Mondiale, tant la terminologie fait débat. Pour faire simple, disons qu’il s’agit d’une fabrique culturelle et artistique. Ayant investi les locaux d’une ancienne conserverie aux abords d’un quartier de Bergerac dit « prioritaire », c’est un lieu de programmation et de création artistique, mais aussi d’activités culturelles pour les habitants.

Quel lien avec la démocratie ?

Nous avons connu la Gare Mondiale en rencontrant Thomas, qui a récemment intégré l’équipe de la fabrique. Immédiatement, nous avons su que nous voulions explorer ce lieu atypique. Toujours habitées par la question du sensible, nous souhaitions comprendre s’il était possible de favoriser des relations démocratiques en passant par une démarche artistique.

 

Notre objet d’exploration étant la consolidation démocratique, nous ne voulions pas nous contenter d’étudier une démarche artistique qui serait seulement réservée à une élite. La Gare Mondiale répondait parfaitement à cette condition car elle cherche à interagir avec la diversité des habitants du territoire bergeracois, quel que soit leur passif culturel. Ce lieu de fabrique artistique et culturelle s’adresse en effet tout autant à un public averti qu’aux seniors et aux jeunes de cités classées prioritaires dans le cadre de la politique de la ville.

Qu’avons nous appris ?

A Bergerac, nous avons appris que l’art peut favoriser des relations démocratiques, notamment en provoquant la rencontre de personnes qui ne se côtoient pas au quotidien ou en bousculant des rapports sociaux établis. Nous avons découvert la raison d’être des fabriques artistiques et culturelles en France, et approfondi la différence entre création artistique et activités socio-culturelles.

 

Aux côtés du directeur artistique de la Gare Mondiale, Henri Devier, nous avons plus que jamais compris que le concept de démocratie est incompatible avec toute notion figée, qu’elle soit relative aux institutions ou à la manière de faire société.

 

Nous avons constaté qu’il ne suffit pas de vivre ensemble pour faire ensemble, et qu’il ne suffit pas d’organiser des événements sur un territoire pour que les habitants de ce territoire se sentent invités et concernés.

 

Nous avons pu saisir les principaux enjeux auxquels est confronté Bergerac, comme de nombreuses petites et moyennes villes françaises dans un contexte de métropolisation et de crise économique : la paupérisation et la désertion d’une grande partie des jeunes.

 

Enfin, nous avons compris la complexité de la situation financière des acteurs de la culture. Si leur soutien par les pouvoirs publics représente une opportunité en termes de financement, de changement d’échelle et de mobilité européenne des projets, ces avantages sont contrebalancés par les contraintes administratives obligeant à rentrer dans des cadres prédéfinis, voire dans des logiques de concurrence. Les acteurs de la culture subventionnés sont également dépendants des changements de politiques locales en fonction des élections et des restrictions budgétaires de plus en plus importantes. Ces contraintes les incitent à développer de nouveaux modèles économiques.

Des leviers* artistiques pour favoriser des relations démocratiques :

L’art peut permettre de rendre la société plus démocratique de différentes manières :

  • L’art est un moyen d’expression, haut-parleur et créateur des conditions du dialogue :
    • Rôle de la vidéo dans l’émergence de la curiosité et de la parole des habitants ;
    • Intérêt des ateliers d’écriture, de chant et de musique pour donner la parole aux minorités ne maîtrisant pas les codes d’expression institutionnels.
  • L’art est un moyen de faire se rencontrer, décloisonner les espaces, les groupes dans la ville :
    • Intérêt des rencontres artistiques ou culturelles pour réunir différents mondes ;
    • Rôle des lieux artistiques dans la création de porosités et de dialogue entre différents mondes.
  • L’art est un moyen de renégocier les rapports sociaux et les schémas mentaux :
    • Intérêt du théâtre comme moyen de révéler l’authenticité de chacun ;
    • Utilité du théâtre comme moyen de créer un espace de liberté sans rapport de domination, où les rapports sociaux peuvent être réinventés.

Des outils pour agir :

  • les ateliers de pratique artistique à visée pédagogique,
  • les ateliers à visée de création artistique,
  • la programmation de spectacles vivants,
  • les espaces et les moments de convivialité (concerts, pique-niques, etc).

Des recommandations* pour les porteurs de projets artistiques et culturels s’inscrivant dans une démarche sociale ou politique :

1. Il nous a semblé crucial de mieux savoir identifier les barrières géographiques, économiques, sociales et culturelles qui empêchent certains publics de participer à des projets qui les concernent, quelle que soit la nature de ces projets. La seule manière de comprendre ces barrières est d’aller au contact de ces publics directement ou indirectement. A Bergerac, cette approche passait notamment par :

  • des démarches artistiques menées dans les espaces publics (vidéo, photo, etc) qui permettent d’engager le dialogue avec et entre les habitants d’un quartier ou d’une ville pour mieux comprendre ces barrières et la manière dont on peut les surmonter ;
  • un travail en étroite collaboration avec des partenaires relais auprès des publics cibles (dans le cas de La Gare Mondiale, ces partenaires relais sont les espaces jeunes, les centres sociaux, les écoles, etc) ;
  • des expérimentations artistiques pendant lesquelles ces barrières étaient identifiées (des femmes ayant refusé de présenter leur travail artistique dans le centre-ville alors qu’elles avaient accepté de le faire sur les lieux de la fabrique, des évènements auxquels pas une femme ne participait pour des raisons de mixité des genres, etc). Il ne s’agissait pas d’un objectif au départ, et ces barrières n’avaient pas été anticipées, mais il pourrait être intéressant d’imaginer des expérimentations artistiques intégrant cet objectif par avance.

 

2. Il nous semble par ailleurs essentiel de mieux savoir identifier les besoins des publics visés lorsqu’un projet leur est destiné ou vise à les inclure. Ce problème est transverse à de nombreuses structures et initiatives croisées sur notre chemin : comment sortir de notre entre-soi ? Comment toucher différents publics ? Comment toucher plus largement ? Répondre à ces questions ne peut se faire sans une compréhension des intérêts et des préoccupations des publics que l’on vise. Il s’agit également d’identifier les outils de communication les plus adaptés aux objectifs du projet sans négliger l’importance de la communication informelle (bouche à oreille, etc).

 

3. Enfin, nous avons pu percevoir que la création d’un espace de liberté et de confiance favorisait l’émergence spontanée de projets et de propositions de la part des habitants et des usagers d’un lieu.

Des questions pour la suite :

  • Les périphéries des villes ne seraient-elles pas également les périphéries du pouvoir ?
  • A quoi ressemblerait une démocratie narrative (mise en récit d’un projet démocratique) aboutie ?
  • Dans quelle mesure l’art peut-il être au service d’une transformation sociale correspondant aux besoins des habitants ?
  • Outre le fait de favoriser l’accessibilité de l’offre culturelle en termes de transport et de coût, comment l’ouvrir davantage à différents publics ?

Quels sont les principaux acteurs interrogés ?

L’équipe de la Gare Mondiale, des usagers des activités proposées par la Gare Mondiale, des partenaires publics (Espace Jeunes, centre social…), des partenaires associatifs, des habitants de la ville.

* Les leviers et les recommandations que nous avons identifiés sont issus d’une réflexion générale que nous avons mené pendant notre exploration. Ils ne s’adressent pas particulièrement aux structures que nous observées en immersion, étant donné qu’ils découlent notamment de leurs bonnes pratiques.

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