Les leçons du label Bio

Bien que l’article date du printemps 2007, il nous semble toujours d’actualité pour comprendre une partie des enjeux des labels à travers l’expérience du label Bio.

 

Par Sandrine Chastang – Ritimo // Article extrait du site de la revue Altermondes

Page d’origine : http://www.altermondes.org/spip.php?article380

 

L’histoire du label bio ressemble à s’y méprendre à celle du commerce équitable. les acteurs de l’équitable devraient en tirer des leçons.

La culture biologique, en rupture avec les modèles basés sur l’utilisation d’engrais et de pesticides chimiques, a démarré en France dans les années 50, s’inspirant de certains pays du Nord. Les débuts de la « normalisation » du bio remontent aux années 70. En 1972, l’association Nature et Progrès rédige un premier référentiel qui sert de cahier des charges pour les agriculteurs. L’interdiction d’utiliser des produits chimiques est la base, mais au-delà, l’association aide les agriculteurs et les conseille sur les alternatives (pour traiter les maladies par exemple). Puis, pour distinguer des autres les agriculteurs qui utilisaient ces méthodes, Nature et Progrès créé un système de contrôle indépendant. L’association des conseillers en agriculture bio, composée d’ingénieurs agronomes et de paysans faisait du conseil autant que du contrôle et travaillait dans une dynamique d’amélioration des pratiques. Un label « Nature et Progrès » était attribué par des commissions d’agrément mixtes, mêlant agriculteurs et consommateurs au niveau départemental. Ce système indépendant a fonctionné jusqu’au début des années 80.

En parallèle, d’autres mentions ont commencé à naître, certaines étaient frauduleuses, comme Agriculture biologique de France, qui pratiquait du bio dit « tournant » (1). Le problème du contrôle s’est donc posé et les associations défendant le bio ont interpellé le gouvernement. La première idée fut de faire agréer par le Ministère des cahiers des charges privés. Le premier reconnu fut celui de Nature et Progrès qui servit de base pour définir l’agriculture biologique. Mais le Ministère fini par reconnaître 10 cahiers des charges différents. Impossible alors de s’y retrouver ! L’issue fût la mise en place d’un cahier des charges européen en 1991 qui a conduit à la création du label AB.

 

DEVALORISATION DU CONCEPT

L’agriculture biologique a reçu une reconnaissance officielle, le faux bio a disparu mais, les petits agriculteurs biologiques continuent de disparaître, laissant la place à une bio industrielle bien éloignée des principes du départ. « On trouve aujourd’hui dans nos linéaires français des tomates bio, transportées depuis le Maroc où elles sont produites sous d’immenses serres cachant une main-d’œuvre sous payée ». Pourquoi une telle dérive ? Selon Guy Kastler (2), la principale faille du système se trouve dans le système de contrôle mis en place. On a assisté à «  une privatisation de la mission de régulation de la loyauté des transactions commerciales, sous-traitée à des sociétés de service indépendantes baptisées Organismes Certificateurs ».

Les organismes agréés indépendants comme ECOCERT répondent à plusieurs règles :

 Confidentialité du contrôle (qui remet en cause le système de participation des consommateurs et des producteurs).

 Indépendance, a priori normale, mais qui empêche toute action de conseil et ne favorise plus l’amélioration collective des pratiques. De plus, cette « indépendance » a un coût ,le même pour tous, facturé à la personne contrôlée, ce qui défavorise les petits producteurs. Le coût est fixé par produit donc, plus l’agriculture est diversifiée, plus il est élevé. Le label dans ces conditions pousse à privilégier l’intensif et de la monoculture.

Mais le pire est à venir. Actuellement, un projet de règlement européen sur le bio prévoit un règlement qui modifie complètement l’approche pour ne s’intéresser qu’au produit fini : on passe d’une obligation de moyen (quelle méthode de culture est utilisée ?) à une obligation de résultats (quel résidu est décelable dans le produit fini ?). On en arrive à une aberration complète puisque ce système va permettre d’introduire les pesticides et les OGM dans l’agriculture biologique !

 

POUR UN CONTRÔLE PARTICIPATIF

Devenue « propriétaire » de sa définition, la Commission Européenne abandonne la concertation avec les professionnels et les consommateurs et dénature sa définition. Selon Guy Kastler, le système de normalisation vers lequel s’oriente FLO fait courir les mêmes risques au commerce équitable. Or il y aurait d’autres solutions qu’en passer par ces systèmes internationaux. Nature et Progrès défend l’idée d’un retour à un système de contrôle participatif, avec des mentions données au niveau territorial. De nombreux pays mettent en place de tels systèmes de garantie participative, comme ECOVIDA au Brésil. «  Loin de nous l’idée de vouloir déposséder les Etats de leurs missions régaliennes de contrôle de la loyauté et de la sécurité des échanges marchands. Mais force est de constater qu’ils les abandonnent au profit d’organes de régulation internationaux (CE, OMC, …) qui échappent à leur contrôle et à celui des citoyens ». Face à cette opacité, l’exigence de transparence est un des principaux outils d’un contrôle démocratique.

 

(1) Les agriculteurs faisaient de l’intensif à grand renfort de pesticides et engrais chimiques, puis plantaient une année sans produit et vendaient le résultat comme bio.

(2) Du réseau Semences Paysannes et chargé de mission à Nature et Progrès. De nombreuses informations et toutes les citations contenues dans cet article proviennent d’une interview de lui.

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