Loos-en-Gohelle – Chapitre 4 : Et les jeunes dans tout ça ?

C’est vrai que depuis le début, on a assez peu parlé de jeunes. En dehors du lycée, on n’en a pas croisé beaucoup. Où étaient-ils donc ? Un quart de la population a moins de 30 ans, mais cette proportion est à la baisse.

 

Quand on en a rencontré au stade, ils nous ont demandé ce qu’on venait faire dans une ville comme Loos-en-Gohelle. L’idée de venir passer deux semaines ici de notre gré leur semblait incongrue.

 

« Il n’y a rien pour les jeunes de 16 à 25 ans à Loos-en-Gohelle », nous a confié un agent municipal. « La jeunesse a du mal à se projeter dans cette ville vieillissante ».

 

Ce n’est pas vraiment étonnant… Le cœur du Bassin Minier présente des taux de chômage supérieurs à 35%, voire 45% pour les 15-24 ans (14).

 

Les jeunes ne semblent pas trouver leur place à Loos-en-Gohelle. A quelques exceptions près, comme la construction d’un skate-park qui a mobilisé une quarantaine de jeunes sur un an, ils s’impliquent peu dans les démarches participatives, les projets de quartiers et les associations.

 

Face à cet enjeu de taille, la municipalité n’a pas encore clairement formalisé de politique jeunesse. Jusqu’à ce jour, la question « jeune » n’avait pas été identifiée comme une question prioritaire. Ce retard est assez étonnant car, pour Jean-François Caron, ce sont les jeunes qui « doivent nous amener ce changement de regard et nous donner envie de construire le nouveau modèle ». Ce sont eux qui ont « le côté spontané » et « un peu fou » nécessaire pour « décaler la pensée » et « grimper les falaises » des défis du 21ème siècle (15). Or, à Loos-en-Gohelle, il est d’autant plus important de donner à la jeunesse les clefs pour sauter dans l’inconnu et construire le monde de demain qu’une grande partie d’entre elle a encore les yeux rivés sur l’époque où les mines garantissaient le plein emploi et dans lequel il était facile de se projeter dans l’avenir – même si de plus en plus se dirigent vers de nouveaux secteurs économiques, comme le numérique culturel et les éco-activités. Cette nostalgie du passé, c’est ce qui explique, selon le Maire, le vote massif des jeunes pour le FN dans la région du Bassin Minier (mais il serait intéressant de vérifier ce que votent les jeunes qui ont accès aux nouveaux métiers). Il espère que l’enthousiasme et les réussites que va générer le nouveau modèle de société vont, à terme, attirer toute la jeunesse.

 

C’est désormais à l’équipe municipale de jouer, dans les limites de ses moyens, pour que cela ne reste pas un vœu pieux ! Pour l’instant, il existe une série de dispositifs mais aucun cadre d’ensemble leur donnant de la cohérence en lien avec le projet politique de la Ville. Les principaux services offerts aux jeunes se résument pour l’heure aux animations du centre de loisirs pour les 12-17 ans, à l’accompagnement des jeunes en difficulté sociale (notamment grâce à des aides du Département) et au Comité Local d’Aide aux Projets coordonné par la mission locale, surtout sollicité par des jeunes déjà autonomes ou suivis par des structures d’insertion professionnelle. Les services municipaux affirment qu’un travail est désormais en cours avec l’élu référent, notamment pour mieux identifier les envies et les besoins des jeunes.

CONCLUSION

Notre exploration de Loos-en-Gohelle nous a fait traverser plusieurs phases. D’abord, nous avons été enthousiasmées et attirées par le récit d’une ville en reconversion depuis 20 ans d’un passé minier vers un futur soutenable. A notre arrivée, la réalité nous est apparue plus terne que le paysage dépeint au cours de nos nombreuses lectures. Mais c’était sans compter sur la richesse qui se cachait en dessous de la couche sous la surface. Les nombreuses questions soulevées lors de cette première exploration sont autant de champs à approfondir lors de la suite de notre exploration ou par d’autres personnes avides de nourrir ces réflexions. Les initiatives citoyennes locales constituent un florilège d’expériences de terrain, où les théories sont mises à l’épreuve du réel, sans cesse questionnées. Nous souhaitons remercier toutes les personnes qui ont accepté d’ouvrir un espace de dialogue avec nous – dialogue ouvert à vos réponses et réactions.

Fin

Auteurs : Aurore Bimont & Marie Verrot

SOURCES

(14) Diagnostic territorial du Bassin Minier, Pôle observation-prospective de la Mission du Bassin Minier, mars 2013

 

(15) Interview de Jean-François Caron, 2 mai 2016

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