Oswaldo Guayasamín, chevalier et ré-enchanteur du 20ème siècle : Quito, Equateur

Oswaldo Guayasamín, chevalier et ré-enchanteur du 20ème siècle : Quito, Equateur

Oswaldo Guayasamín, portrait d’un chevalier au coeur, aux valeurs nobles, portrait d’un ré-enchanteur oeuvrant dans le domaine de l’Art.

Quito ! Capitale de l’Equateur, à l’ambiance particulière à la fois chargée d’histoire et de merveilles coloniales, mais aussi ville bien ancrée dans la modernité matérialiste, bruyante et polluée. A toutes heures, des vendeurs ambulants en tout genre chantant ou criant leurs produits insolites me bercent dans les rues colorées du centre-historique et me dessinent un sourire aux lèvres ! « Mango ! Mango ! Mango ! Para 1 dollar ! », « Flores ! Rosas ! Flores : 1 dollar ! » « Pilas, Pilas, Pilas ! »  « Cepillos, Cepillos, Cepillos : 3 para 1 ! ». A chaque mètre, de nouveaux chants pour une nouvelle affaire à un dollar : brosse à dents, avocats, balais, sac-poubelles, fleurs, piles et bien d’autres produits surprenants. Chacun a sa spécificité, il y en a pour tous les goûts et tous les usages ! A côté de ces vendeurs « one man show », mon coeur se pince et mes yeux s’humidifient chaque cinq minutes. Mendiants dans la rue, mendiants dans le bus, demandes d’aides pour des soins médicaux, demande d’aides pour son handicap ou celui de son enfant… Et nous sommes si nombreux à faire comme si… comme si ils n’existaient pas ! Suis-je la seule mal à l’aise? Je ressens leur peine, leur misère, leur difficulté mais aussi leur courage, celui de se battre chaque jour.

La ville n’est pas un long fleuve tranquille, c’est une ville « duelle » avec ses joies et ses tristesses, ses beautés et ses horreurs. L’insécurité y règne surtout la nuit, mais de jour aussi la prudence est de rigueur. Comme disait ma grand-mère, puis ma mère et mon père : « la prudence est mère de sûreté ». Alors, par prévention on adopte les techniques d’Amérique latine : flâner dans les rues et ruelles oui ! Mais portable et porte-monnaie en mode kangourou, dans le jean. Pas dans les poches latérales mais vraiment dans le pantalon, à vrai dire, presque dans la culotte ! Ecouter de la musique en se baladant oui, mais seulement d’une oreille ! L’autre étant attentive à l’environnement !

De tous les trésors rencontrés à Quito, l’un a particulièrement touché mon coeur et est de mon point de vue d’une très grande richesse : « la capilla del hombre ». En ce lieu on découvre l’oeuvre d’un chevalier et ré-enchanteur équatorien du 20ème siècle. Ré-énchanteur de par son art et ses peintures pleines de sens, et chevalier de par ses combats, ses messages, ses valeurs et sa rectitude envers le bien-commun dans ses oeuvres ou son engament politique ! Voici :

Monsieur  Oswaldo Guayasamín !

Comment faire un portrait de cet homme incroyable, sans en faire une biographie standard et généralement ennuyeuse à lire ? Laissons l’inspiration faire son oeuvre comme il a su lui-même le faire toute sa vie durant.

Oswaldo est né à Quito en 1919. Fils d’un père amérindien (indigène) et d’une mère métisse, il est l’aîné d’une famille humble de 10 enfants. (Lui même aura 7 enfants, de 3 femmes différentes dont 2 françaises) Très tôt, il découvre sa passion pour la peinture et sa mère le soutien dans celle-ci en allant même jusqu’à lui donner un peu de lait maternel destiné à son petit frère pour dissoudre ses pastilles d’aquarelle. « Etrange pensais-je avec un petit fond de dégoût,  Très étrange ! » Malheureusement, cette dernière décèdera très tôt, et son enfance sera alors marquée par la tristesse, la pauvreté, la misère et la privation.

Son père aurait voulu qu’il étudie pour avoir une profession « normale » et qu’il soit en somme un enfant « normal » ! Vous l’aurez compris, ce genre de concept m’hérisse le poil ! Merci au conditionnement social, au capitalisme, à la logique productrice et consumériste, et bien d’autres logiques modernes … d’avoir réduit tant nos potentialités à des concepts tels que « travail normal » et « enfant normal » ! Heureusement, Oswaldo n’était pas, une brebis douce et obéissante. Malgré l’opposition de sa famille, il entre à l’école des Beaux Arts ! Là aussi, il s’affronte aux modèles et aux traditions en vigueur mais rapidement, il devient le meilleur élève, puis le meilleur professeur, et ses tableaux produisent un impact choc à tous ceux qui les voient.

Un deuxième évènement marquera définitivement la jeunesse et la vie de notre sensible Oswaldo : la mort de son meilleur ami « Manjarrès », tué par une balle perdue dans les rues de Quito lors d’une manifestation d’ouvriers appelée « Guerra de los Cuatro Dias ». Cet épisode marquera encore une fois sa rencontre avec la cruauté de la vie, le fléau de la violence, l’injustice des assassinats, l’injustice sociale,… De ces dernières, naîtront colère et révolte en lui. Elles seront ses premières sources d’inspiration et le motiveront dans sa prise de position face aux cruautés et aux injustices d’une société qui discrimine les pauvres, les indiens, les noirs, les faibles…

« Lagrimas Negras »

la dualité : un oeil blanc plein d’espoir et un oeil noir désillusionné

un oeil enfermant notre lumière et l’autre enfermant notre ombre

un oeil favorisant le bien -commun et l’autre capable de choses terrifiantes…

Pourquoi vous expliquer l’enfance et l’histoire de Guayasamín ? Car ces dernières sont déterminantes dans sa construction personnelle et la suite de son combat tout au long de sa vie ! Il a certes subi une enfance difficile et des épreuves douloureuses mais il a toujours eu le courage de ses choix, toujours eu le courage de sa différence. Il a su transformer ou utiliser ses parts d’ombres et ses colères pour en faire une oeuvre de dénonciation, parfois choc, mais construite sur ses valeurs intérieures.

Son nom, son origine indienne et métisse, la pauvreté dont il a souffert enfant, l’assassinat de son meilleur ami, la crise des années 30, la révolution mexicaine, la guerre civile espagnole mais aussi tous les évènements se déroulant dans le monde à cette époque sont tant d’éléments qui lui font voir et sentir la difficile et accablante réalité du monde mais qui l’inspire dans son combat, dans la position idéologique qu’il prend à travers ses oeuvres et son attitude politique. Du désenchantement, de la désillusion et de la souffrance, naîtra un chevalier et un ré-enchanteur aux valeurs nobles dont l’immense force/puissance égale son infinie sensibilité.

L’œuvre de Guayasamín reflète et dénonce avec force, l’oppression, la dictature, le racisme, la pauvreté, la misère, l’exploitation et les inégalités qui frappent l’Amérique du Sud. Mais son aspiration la plus profonde restera toujours et toute sa vie la Paix. De plus, ses origines amérindiennes et métisses, dont il est très fier, nourriront son art de leurs racines profondes.

« El grito »

« Pintar es una forma de oración al mismo tiempo que de grito ! » (Peindre est une forme de prière tout comme le fait de crier ! ) O. Guayasamín

En effet, même s’il ne s’est jamais affilié à aucun parti politique, Guayasamín a toujours milité pour la paix. Il a soutenu les peuples opprimés, les mouvements d’insurrection, la lutte pour l’intégration latino-américaine. Ils s’est opposé aux dictatures, aux abus et aux agressions des pays puissants et impérialistes ! Son oeuvre est un cri disant : »Maintenant Assez, ceci doit changer ! »

« Mi inspiración con mis cuadros es decir que algún día haya paz » ( Mon inspiration à travers mes tableaux est de dire qu’un jour il y aura la paix) O. Guayasamín

Son oeuvre se divise principalement en trois grandes périodes, mais la quasi-totalité des peintures représente des visages et des mains dont l’expression est toujours saisissante, touchante et parlante… Déambulant devant chaque tableau ou fresque suite aux explications précises du guide du musée, une multitude d’émotions s’emparent de moi jusqu’à faire couler chaudement les larmes sur mes joues….

1) Période 1 : « Huacayñan » ou El camino del llanto :

La première partie des oeuvres de Guayasamín commence alors qu’il voyage durant deux ans en Amérique latine à la rencontre des différents peuples, dans les villages ou la pauvreté, la misère règnent dans chaque pays sud-américain. Cette première partie de son oeuvre s’intitule « El camino del llanto » (Huacayñan en quechua ou « Le chemin des lamentations » en Français). Il s’agit d’un ensemble de 103 tableaux, reflet de ce qu’il a observé dans ces différents villages de Mexico en Patagonie.  Il dépeint ici les sentiments « des marginaux », à savoir les indigènes, les noirs, les métisses, les pauvres en réaction à la misère, la pauvreté, les inégalités … Il peint aussi des familles montrant ainsi la place primordiale de la mère dans la culture latinoaméricaine et indigène, et montre l’aspect duel de chaque être humain dans la série « Rostros de América ». Un oeil blanc, un oeil sombre, un côté lumineux et un côté obscur, un côté ayant espoir et un côté désillusionné. Les enfants, quant à eux gardent ce regard doux, symbole de leur innocence et symbole d’espoir pour un meilleur futur.

2) « La Edad de Ira »

« la protesta »

L’Âge de la Colère » est un ensemble de 150 tableaux exécutés entre 1961 et 1990. Cette période d’environ 30 ans montre la maltraitance à travers le monde. Des camps de concentrations nazis, de la guerre civile espagnole, des bombes à Hiroshima et Nagasaki, des dictatures en place en Amérique latine, de la condition de vie des ouvriers dans les mines, de nombreux sujets de société sont dénoncés. Autrement dit, il dénonce l’exploitation de l’homme par l’homme au travers des dictatures, génocides et autres agressions des pays puissants et impérialistes.

« El sonrisa del general »,

un général au sourire terrifiant enrôlant de nombreux enfants dans des guérillas d’Amérique Latine

3) « La Edad de la ternura »

« Madre y niño »

L’oeuvre « L’Âge de la Tendresse »  appartient à la série « Alors que vit toujours ton souvenir » (Mientra que viva siempre te recuerdo) . C’est une période durant laquelle il travaille sur le lien maternel, la mère, la femme source de réconfort dans les épreuves et source de courage : un hommage à sa mère et à toutes les mères et femmes du monde. Un message d’amour et de tendresse. Il peint le lien de pureté, d’amour entre la mère et son enfant, et peint aussi l’innocence de ces derniers.

Outre ses combats affirmés à travers ses toiles, Guyasamín était aussi un grand sensible, amoureux de la musique, un mystique qui pensait que la mort n’est qu’une étape où seul le corps s’éteignait, la flamme subsistant. Il a imaginé et crée ce lieu « la capilla del hombre » (la chapelle de l’homme) afin d’offrir à chaque personne un lieu de réflexion, un lieu d’introspection, un lieu de méditation personnelle, un lieu de paix, un lieu de partage culturel, pour penser un monde avec une nouvelle forme politique, spirituelle, sociale… Un monde porté par des valeurs de justice, de respect, d’équité, de paix, de beauté, … Bref « du beau, du bien, du vrai et du juste » !

A travers cet homme mais aussi les quelques mois de voyages qui se sont écoulés jusqu’à ce jour, je réalise que si les chevaliers et les ré-enchanteurs me passionnent tant, si j’admire leur force et leur sensibilité, leur différence assumée, et plus que tout leurs valeurs pour un monde meilleur, c’est qu’avant tout je touche mon coeur de chevalière militante pour la construction de ce monde.

« Es tiempo y edad para el sueño de una temporada de paz ! » (Il est le temps et l’âge pour le rêve d’une période de paix !) O. Guayasamín

Guayasamín était porté par le rêve de paix ! Et vous, avez-vous rencontré votre rêve, votre idéal ?

« Laisse tes rêves être plus grands que tes peurs et tes actions être plus fortes que tes paroles » Auteur inconnu

Amélie, « Chevalière Investigatrice Apprentisseuse »,

 « Fée Reporter en quête de Vrai »,

Actuellement à Vilcabamba, Equateur

Spéciale dédicace à Martine de Martinique qui m’a conseillée ce musée, Merci beaucoup !

http://www.guayasamin.org/index.php

Pas de commentaires

Poster un commentaire