Yoann, du voyage à la création d’une menuiserie collaborative (Montpellier)

Yoann, du voyage à la création d’une menuiserie collaborative (Montpellier)

Ce jour c’est Repair’Café au Faubourg. Je descends de mes Cévennes et m’y pointe. Le Faubourg est devenu depuis quelques temps le QG d’Etika Mondo dans sa version ville. Je rencontre Yoann. Ici, quand on se rencontre pour la première fois, on ne se demande pas « Et tu travailles dans quoi ? » mais plutôt « Tu fais quoi ?« . C’est ce que je trouve intéressant. Si nombreux sont les alternatifs qui rejettent le « libéralisme », ils sont au moins tout autant à être de profonds libéraux qui aiment entreprendre. A la différence qu’ils ne sont pas capitalistes. Ils cherchent à manger à la fin du mois mais tout autant à ce que le projet ait un impact positif sur la société voire la nature, et s’il peut se faire en collectif c’est un plus très apprécié. Mais là n’est pas le sujet du jour. Yoann me parle de son projet de menuiserie collaborative. Forcément ça m’interpelle. Et quand à mon tour je lui présente Etika Mondo dans sa partie Etika Tour il me lâche : « Intéressant ! Justement c’est un voyage qui a provoqué le déclic qui m’a mené jusqu’à ce projet de menuiserie collaborative« . Inutile de vous dire que ça noue vite un lien. Et le soir même Yoann nous a rejoint pour la soirée pitch collectif durant laquelle nous avons pu apprécier mieux encore les rouages de la SCIC Menuiserie Collaborative. Interview d’un alchimiste qui transforme l’idéalisme en réalité.
Bonjour Yoann, peux-tu te présenter en quelques mots ?
Bonjour Boris. En quelques mots je suis ébéniste de formation, je suis l’initiateur et, depuis un an et demie maintenant, co-porteur du projet de la Menuiserie Collaborative avec mon associée Olivia Liesse.
C’est quoi ton rêve de vie ?
C’est le rêve que je vis actuellement et qui a toujours été un guide pour moi, celui de m’épanouir dans ce que je fais. Cela a d’abord guidé ma réorientation après un baccalauréat scientifique vers l’ébénisterie, et trouve sa continuité aujourd’hui dans l’aventure humaine prometteuse de la Menuiserie Collaborative.

Lors de notre rencontre au Faubourg à Montpellier, tu m’as évoqué un voyage comme déclic pour le projet de la Menuiserie collaborative. Tu nous racontes ? Comment tu expliques cette expérience ?

J’ai relu récemment le carnet que j’ai tenu pendant ce voyage en Amérique du Sud, et il y a, coincé entre deux récits de rencontres et de paysages, l’idée de la Menuiserie Collaborative. Avant que je fasse ce voyage j’avais déjà l’intention de me lancer dans un projet que je voulais porteur de sens et je pense que le voyage m’a premièrement permis de me mettre en danger et de sortir de ma zone de confort, et deuxièmement de prendre du recul et de lever les freins et les peurs qui entravaient créativité et proactivité.

Tu en retires quoi comme leçon et quel serait ton conseil aux personnes qui y voient flou ?

Ce voyage m’a redonné confiance en moi. Il faut utiliser ce miroir que sont les autres personnes. Il n’y a pas de mauvaise critique d’un projet, il n’y a que de mauvaises façons de les recevoir.

En quoi consiste la Menuiserie collaborative ?

La Menuiserie Collaborative est un projet d’atelier partagé autour des métiers du bois à Montpellier.

Quelle en est sa valeur ajoutée ? Pour qui ?

Elle permettra d’une part aux professionnels d’avoir à disposition un écosystème complet pour travailler, se former, former, se croiser avec d’autres professionnels, développer son activité. D’autre part l’atelier sera ouvert aux particuliers qui pourront avoir également accès aux outils et ce en sécurité, puisqu’ils seront accompagnés par les coopérateurs de la Menuiserie Collaborative.

Quel a été ton parcours de l’idée au projet ?

D’abord j’en ai parlé autour de moi, mes amis, ma famille, etc … Et c’est par l’intermédiaire d’un amis que j’ai rencontré Olivia. Nous avons participé à l’événement YESS Académie, un start-up week-end dédié à l’économie sociale et solidaire, qui a été un booster pour nous. Ensuite nous avons fait en sorte d’impliquer dans le projet tous les intéressés, notamment grâce à des outils que nous avons mis en place avec Com4Dev, un accompagnement à la communication gagné comme prix Pépite LR. Ces outils nous ont permis de nous entourer de toutes les personnes qui aujourd’hui font la richesse et la diversité des parties prenantes du projet, des passionnés, des artisans, des fournisseurs, des enseignants et des apprenants, etc…

C’est important de se faire accompagner quand on porte un projet ?

Cela me paraît indispensable car l’accompagnement donne de la profondeur au projet en explorant des pistes de réflexion insoupçonnés, ce sont des regards en plus sur le projet, des regard qui ont le poids de l’expérience, nous sommes accompagnés par Alter’Incub l’incubateur de l’innovation sociale dans l’économie sociale et solidaire qui a été d’un soutien inestimable à la MCo, c’est l’Union Régionale des Scop (URSCOP) qui est en train de prendre le relais, donc l’accompagnement est avant la création et sera pendant les premiers pas de la vie de la coopérative.

Quels sont les facteurs clés d’un bon incubateur ?

À mon humble avis (je n’ai été que dans un seul incubateur), les facteurs clés sont simples : d’une part il faut que le choix de l’incubateur soit en cohérence avec le projet et ses porteurs, et d’autre part il y a la relation humaine que vous aurez avec les référents. Il faut bien s’entendre ! La cohérence dépend du niveau d’avancement du projet : pour nous l’entrée en incubateur s’est faite naturellement car la MCo [Menuiserie Collaborative, ndlr] était suffisamment mûre et imparfaite à la fois. Depuis plus d’un an cela a permis au projet d’aller jusqu’à la création en se fortifiant dans l’écosystème de l’incubateur, ici l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).

Tu nous présentes l’équipe ?

Nous sommes effectivement deux à porter le projet, Olivia a donc rejoint le projet en novembre 2015 quelques temps après avoir terminé ses études de menuiserie et d’ébénisterie ainsi que sa licence en gestion des entreprises de l’économie sociale et solidaire. De plus, il y a l’équipe des co-fondateurs, des artisans du bois et particuliers avec qui nous avons co-écrit les statuts de la Société Coopérative d’Intérêt Collectif de la Menuiserie Collaborative. Et depuis l’Assemblée générale constitutive qui a eu lieu le 26 avril, nous sommes 16 coopérateurs. Et cela n’est qu’un début puisque des nouvelles demandes arrivent chaque semaine ! Pour celles et ceux qui le souhaitent, il est toujours temps de prendre des parts dans la SCIC la Menuiserie Collaborative.

Qu’est-ce qu’il vous reste à mettre en place pour que ça démarre ?

Aujourd’hui nous sommes dans la dernière ligne droite, il nous reste à rassembler toutes les parties prenantes et à les coordonner pour une ouverture en septembre.

Tu as participé à l’une de nos soirées « Pitch Collectif », quel est ton retour d’expérience ?

C’est un espace de travail intense et de bienveillance, très intéressant pour faire avancer un projet, croiser les regards sur des idées, et également prendre contacts et rencontrer des gens motivés, passionnés et passionnants.

Le projet que tu nous conseilles de rencontrer ?

Les projets qui ont grandement inspiré La Menuiserie Collaborative sont les coopératives, les tiers lieux ainsi que les fablabs. Il en existe de nombreuses formes et déclinaisons dont nous avons pioché ici et là les idées pour le statut. Les formes de mutualisation nous ont aussi inspirées. A Montpellier, je citerais Crealead et la Cagette. A Perpignan, SquareGo Lag.

Propos recueillis par Boris

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